Jupiter Zeus & Hera Museo Salinas Palermo

Jupiter, l’Optimisme et l’Opportunité

Nous voici plus ou moins hors du confinement et pour beaucoup il semblerait que nous soyons encore en attente d’être ‘libérés’, de quoi ? On ne sait pas vraiment. ‘L’ennemi’ n’étant pas visible, il est difficile d’imaginer qu’il est parti et que nous puissions crier ‘Victoire’ ! Dès lors, si nous ne pouvons pas changer la situation, au moins pouvons-nous tenter de changer notre attitude. A cet effet, les mythes et les symboles inventés dès l’aube de nos civilisations font partie des ressources qui peuvent éventuellement nourrir notre imagination et permettre de faire sens.

Nous avons exposé dans le chapitre réservé à Pluton gouverneur du Scorpion, quelques facettes de l’archétype plutonien qui joue le rôle primordial dans cette conjonction Pluton + Saturne + Jupiter + Mercure + Soleil en Capricorne de janvier 2020, qui coïncidait de manière signifiante avec l’expansion de la pandémie Covid-19.

Jupiter étant le gouverneur du signe du Sagittaire (Pleine Lune du 5 juin 2020) nous allons explorer quelques facettes de cet archétype que la tradition nous assure être ‘le grand bénéfique’. Pour rappel, en astrologie archétypale, il n’y a pas de ‘bonnes’ ou de ‘mauvaises’ planètes, ni de bons ou de mauvais signes, mais chaque acteur du zodiaque présente un côté positif et un côté négatif, et bien souvent les deux en même temps, pour qui ne succombe pas à une approche manichéenne de la vie. Jupiter n’échappe pas à la règle : il nous faut comprendre et intégrer les cadeaux qu’il nous offre comme les pièges qu’il nous tend.

Un peu de mythologie…

Zeus/Jupiter est une divinité héritée des peuples indo-européens qui ont envahi la Grèce et la vielle Europe à tendance matriarcale, depuis le troisième millénaire ACN, et imposé petit à petit, leurs divinités masculines plus cavalières et agressives (yang) . L’ancienne divinité indienne Dyaus pitar qui correspond à la planète guru (Jupiter) va ainsi s’incorporer, puis remplacer le culte de la Grande Déesse Mère qui avait prévalu à l’Ouest durant la phase magique matrilinéaire de notre évolution.(1)

Dans la mythologie gréco-romaine, Zeus est encore tout imbibé de mètis, cette intelligence astucieuse et prudente, pleine de flair et de sagacité, d’instinct et d’intuition, qui permet grâce à une attention vigilante et une réceptivité indispensable (yin), de reconnaître et de profiter du moment opportun pour agir (kairos). Jupiter est l’archétype de l’opportunité mais aussi, de l’opportunisme. Malheureusement comment distinguer l’un de l’autre si le sens moral et la bienveillance font défaut ?

L’astrologie culturelle nous offre l’avantage du cinéma grand écran pour mieux comprendre la complexité mais aussi l’évidence des archétypes qu’il nous faut intégrer au niveau individuel, unique et spécifique à chaque contexte personnel, ainsi qu’au niveau sociétal spécifique à chaque culture.

Comme C.G. Jung nous le rappelle dans son œuvre, on ne peut jamais se débarrasser d’un archétype, et l’expliquer n’est pas la même chose que l’intégrer. Mais l’astrologie – personnelle et culturelle – favorise la conscientisation, ce qui est déjà un grand pas vers la possibilité d’intégration.

Images archétypales de Zeus/Jupiter

Parmi les mots clefs du côté positif de Jupiter nous trouvons : l’ ordre harmonieux, le bon droit, la paix, le rayonnement, la Joie, la prospérité – tous enfants de Zeus. Les aspirations morales et religieuses. La Justice.

De lui aussi nous héritons de la culture et des arts, comme la poésie, l’éloquence, l’histoire, la musique, la tragédie, la rhétorique, la danse, sans oublier l’astronomie et sa sœur l’astrologie – toutes ces muses qui offrent tant de plaisirs et de bienfaits à l’humanité.

Nous signalerons en passant que c’est par ses unions avec diverses épouses c’est à dire, par l’union du yin et du yang, du féminin et du masculin que nous trouvons les meilleures manifestations du Roi de l’Olympe.

Le désir d’expansion et l’élargissement des horizons peuvent aussi faire partie des cadeaux de Jupiter, sauf si l’on tombe dans l’excès et basculons vers le côté négatif du roi de tous les dieux.

L’excès ou l’hubris jupitérien peut rapidement transformer tous ces bienfaits en désastres – personnels autant que collectifs – et engendrer l’injustice et la guerre. L’immoralité, le libertinage, la jouissance comme l’abondance à outrance, l’appât du gain – le tout exacerbé par la ruse pour arriver à ses fins en se donnant des airs vertueux pour justifier le crime – tout cela fait partie du côté ultra négatif du soi-disant ‘grand bénéfique’ ! (2)

Conjonction Jupiter+Pluton = ploutocratie

Le 5 avril dernier, Jupiter entrait en conjonction exacte avec Pluton à 24°Cap53′. Jupiter était entré dans le signe du Capricorne le 3 décembre 2019. L’expansion de la pandémie du coronavirus se faisait globale.

Une lecture classique de cette conjonction évoque aussi le pouvoir des riches (ploutocratie/Pluton), face au pouvoir du minuscule virus (Pluton) et la volonté de diriger les masses de manière efficace dans un domaine intellectuel ou matériel. Ainsi au plus fort de la crise, nous avons entendu des experts et des politiciens qui se sont empressés de manifester leur pouvoir, avec le domino des confinements d’un pays à l’autre, sauf rares exceptions, et autres mesures dictatoriales jusqu’à l’extrême.

Le danger de cette rencontre Jupiter+Pluton – spécialement après la conjonction de Pluton et de Saturne en janvier qui réveillaient les peurs ataviques de la mort – s’exprimait dans une sorte de fanatisme frisant l’hystérie collective entretenue par le battage incessant des médias omniprésents. Jupiter, représenté avec l’aigle et la foudre à la main, est bien connu pour son côté imposant et tonitruant…

Le matérialisme du Capricorne aidant, on peut lire dès aujourd’hui que les ‘grands gagnants’ de cette pandémie, lorsqu’il il s’agit d’exploiter les masses (Pluton négatif) de manière opportuniste (Jupiter négatif) sont les ploutocrates d’Internet – marchands de biens et d’informations à ne plus savoir qu’en faire. Comme l’avouait sur la chaîne de télévision CBS, l’ancien patron de Google visiblement ravi : « Ces mois de quarantaine nous ont permis de faire un bond de dix ans. Internet est devenu vital du jour au lendemain. C’est essentiel pour faire des affaires, pour organiser nos vies et les vivre. » (3)

Pour les ploutocrates, cette crise sanitaire signifiait une véritable corne d’abondance offerte par Jupiter !

Mais pour les 99 % du monde, comment prendre conscience du côté positif de ce ‘sommet cosmique des trois grands acteurs du zodiaque’ ?! Comment saisir toutes les opportunités jupitériennes de ce récent message pour transformer notre rapport à la planète Terre qui nous envoie tant de signaux d’alarme depuis ce début de siècle ?

En bref, comment établir des habitudes personnelles et de nouvelles règles mondiales pour faire face au désastre global – ‘changement climatique’ étant un euphémisme pervers pour minimiser la conscience de l’urgence environnementale.

Pour les optimistes, les écologistes avertis et la jeune génération, l’opportunité de cette pandémie et de cette pause obligée, est la prise de conscience généralisée qu’il est impératif de protéger les écosystèmes, la biodiversité, les sanctuaires naturels, les forêts avaleuses de CO², afin d’éviter de nouveaux coronavirus de se développer par manque d’espaces réservés aux animaux sauvages, et de devenir mortels par excès de pollutions humaines.

Elle nous a aussi donné la chance de réaliser à quel point la Nature reprenait vite ses droits : la qualité de l’Air respirable même en ville, du Feu des étoiles enfin visibles et rayonnantes la nuit, celle de l’Eau dans les canaux de Venise où les poissons se réjouissaient de l’aubaine, et puis la Terre où les oiseaux, les insectes et les humains y retrouvaient le plaisir d’y déambuler. Ce rappel bien tangible que ces quatre éléments sont absolument indispensables à la vie sur notre toute petite planète a prouvé qu’il est possible de changer la donne avant qu’il ne soit vraiment trop tard.

Car s’il est éventuellement possible de trouver des remèdes pharmaceutiques aux pandémies, une fois l’Amazonie déforestée et les glaces du Groenland fondues, nous seront obligées de vivre avec les chambardements climatiques déjà tangibles, avec des conséquences autrement désastreuses que les pandémies.

Tout se tient dans notre monde, et la globalisation est inévitable. Même si la planète Terre paraissait immense aux contemporains de Magellan, il y a seulement 500 ans, lorsqu’il en fit le tour pour la première fois durant la dernière conjonction Pluton + Saturne + Jupiter en Capricorne (4), aujourd’hui, avec 8 milliards d’êtres humains qui la piétinent et la survolent, notre planète est réellement devenue toute petite .

Un aspect positif de cette dernière crise du Coronavirus et du confinement est un appel au consensus global visant à changer (Pluton) l’ordre mondial (Saturne) en élargissant nos horizons (Jupiter). Combien de temps faudra-t-il pour arriver à cette Renaissance possible ? Nul ne le sait. Mais le défi à relever est urgent et devrait motiver l’ensemble de l’humanité au plus tôt.

Nous en sommes juste arrivés à relever le triste état des lieux et à nous rendre compte que ‘…la promesse d’atteindre la richesse infinie dans un monde fini, ne peut tenir qu’en détruisant le monde’.(5) La jeune génération et sa porte-parole Greta Thunberg, ouvre la voie d’une écologie appliquée à la réalité et fait appel à un changement rapide et profond si l’on veut éviter d’autres catastrophes.

Éclairées par la mètis de Jupiter, grâce à l’ intelligence astucieuse qu’il peut éveiller en chacune de nous, nous avons l’opportunité de transformer notre quotidien en combinant le positif des technologies contemporaines avec les Sagesses du monde entier. Jupiter+Pluton nous invitent à saisir cette chance de donner naissance à un monde plus équitable et plus beau encore, pour le plus grand nombre d’espèces animales et végétales qui l’habitent.

Il est bon de franchir chaque jour une étape
comme l’eau vive qui ne stagne pas.
Hier s’est enfui, l’histoire d’hier elle aussi est passée.
Il convient aujourd’hui de conter une histoire nouvelle.

RÛMÎ

Notes

(1) Vous trouverez les compléments d’information, si vous le souhaitez, en lisant les pages marquées [ ] dans mon essai ‘Écriture Céleste – Psychologie jungienne, mythologie et astrologie’ (Dervy) Jupiter [E.C. p.263] kairos [E.C.p.149] Jupiter et le féminin[E.C. p.375]

(2) pour qui souhaite aller plus loin dans une approche philosophique et psychologique du ‘toujours plus’ transformé en vertu sociale, je vous recommande de lire Dany-Robert Dufour et son dernier livre paru chez Actes Sud en octobre 2019 (180 p.) au titre évocateur incontournable dans la situation actuelle ‘Baise ton prochain – Une histoire souterraine du capitalisme’ ont voici la 4è de couverture :

‘Cet essai résulte d’une sidération. Celle qui m’a saisi lorsque je suis tombé sur un écrit aujourd’hui oublié, Recherches sur l’origine de la vertu morale de Bernard de Mandeville. C’est en 1714, à l’aube de la première révolution industrielle, que Mandeville, philosophe et médecin, a publié ce libelle sulfureux, en complément de sa fameuse Fable des abeilles. Cet écrit est le logiciel caché du capitalisme car ses idées ont infusé toute la pensée économique libérale moderne, d’Adam Smith à Friedrich Hayek.

‘Fini l’amour du prochain, il faut confier le destin du monde aux « pires d’entre les hommes » (les pervers), ceux qui veulent toujours plus, quels que soient les moyens à employer. Eux seuls sauront faire en sorte que la richesse s’accroisse et ruisselle ensuite sur le reste des hommes. Et c’est là le véritable plan de Dieu dont il résultera un quasi-paradis sur terre. Pour ce faire, Mandeville a élaboré un art de gouverner – flatter les uns, stigmatiser les autres – qui se révélera bien plus retors et plus efficace que celui de Machiavel, parce que fondé sur l’instauration d’un nouveau régime, la libération des pulsions. 0n comprend pourquoi Mandeville fut de son vivant surnommé Man Devil (l’homme du Diable) et pourquoi son paradis ressemble à l’enfer.

‘Trois siècles plus tard, il s’avère qu’aucune autre idée n’a autant transformé le monde. Nous sommes globalement plus riches. À ceci près que le ruissellement aurait tendance à couler à l’envers : les 1 % d’individus les plus riches possèdent désormais autant que les 99 % restants. Mais on commence à comprendre le coût de ce pacte faustien : la destruction du monde. Peut-on encore obvier à ce devenir ?’

DANY-ROBERT DUFOUR Philosophe, professeur des universités, Dany-Robert Dufour travaille sur les fondements de la culture et ses transformations. ll est l’auteur d’une vingtaine de livres, parmi lesquels : L’individu qui vient… après le libéralisme (2017), La Cité perverse (2009) et Le Divin Marché (2007). ll a édité et présenté La Fable des abeilles de Bernard de Mandeville.

(3) Julien Brygo, « Bienvenue dans la société sans contact !
Travail, famille, Wi-Fi. » ‘Le Monde Diplomatique’ Juin 2020

(4) Astrologiquement, la coïncidence est d’autant plus éloquente et interpellante car si Saturne et Pluton étaient conjoints en Capricorne au départ du périple de Magellan – à Séville 15 août 1519 – Jupiter a rejoint Pluton en Capricorne lorsque, finalement, la Victoria accomplissait la circumnavigation le 6 septembre 1522 !

(5) D-R Dufour dans son essai cité plus haut, p.152

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