Pluton, Rapt de Proserpine, Palazzo Reale, Gênes
Pluton, Rapt de Proserpine, Palazzo Reale, Gênes

Descente au Royaume de Pluton

Durant ces sept semaines de confinement, je me suis vite rendu compte que pour beaucoup de femmes, la charge de travail et d’occupation pour gérer le chamboulement des rouages bien rodés suite à la scolarisation à la maison, la mise en place du télé-travail, la préparation des repas, la peur engendrée à chaque clic de la radio ou de la TV etc. ne laisserait malheureusement que très peu de ‘temps à soi’, non seulement pour retrouver cette paix intérieure indispensable au bien-être physique, mental et spirituel, mais aussi pour tenter de donner sens à ce chambardement du monde, au niveau personnel comme au niveau collectif.

Pour les personnes âgées – dont je fais partie – le confinement pouvait se vivre plus calmement. Il offrait de longues périodes d’exploration et de méditation à l’abri des distractions habituelles. Il permettait une mise à distance bénéfique en donnant le temps de replacer les faits dans une lecture symbolique. Munie de cet outil qu’est l’astrologie archétypale et éclairée aussi par l’astrologie culturelle, j’ai pu m’ attelée au projet de tenter de ‘donner sens à tout cela’. C’est le but de cette première newsletter que j’aimerais partager avec vous.

Nietzsche nous enseigne que « nous pouvons accepter ‘n’importe quoi’ si nous savons ‘pourquoi’ »! Nous avons besoin de comprendre pour donner sens à ce que nous vivons. Depuis que le cerveau humain s’est suffisamment développé et que notre activité cérébrale d’interprétation-fiction-croyance s’est bien mise en place, nous avons imaginé que l’ordre cosmique pourrait servir de miroir à l’ordre terrestre. Cette démarche a donné naissance à la première science – l’astronomie, conjointement à la première science humaine – l’astrologie.

Lorsque nous approchons l’astrologie à un niveau collectif – plutôt que personnel – l’ astrologie culturelle révèle le zeitgeist, c’est-à-dire ‘la qualité du moment’, en reconnaissant les cycles d’expansion, de rétraction, de transformation, de déclin et de renaissance, propres à l’histoire de l’humanité.(1)

Le rôle de l’astrologie archétypale est d’identifier les récurrences d’alignements célestes avec leurs symbolismes particuliers constatés dans le passé, et de les extrapoler au futur tout en sachant que leurs manifestations potentielles dans la réalité restent contingentes au contexte unique et non répétitif de l’évolution du monde. Cela dit, archétypalement parlant, le message de Saturne et de Pluton nous rappelle toujours – sans ambages – à la réalité inéluctable de notre incarnation sur terre : la vie est éphémère et changeante, et la mort est inéluctable. Ces deux archétypes nous invitent – ou plutôt nous forcent – à ne rien gaspiller, ne pas tricher, vivre chaque jour comme si c’était le dernier, sans regret, sans attente, mais au plus près de qui nous sommes réellement. Voici un aperçu de ce qui se passe pour le moment.

Pluton – Mort et Renaissance

Dans la hiérarchie des planètes – basée sur leur période de révolution autour du Soleil – Pluton est la plus lente et signifie le pouvoir ultime sur toutes les précédentes. Il lui faut environ 248 ans pour accomplir sa révolution autour du Soleil.(3) On s’y réfère souvent comme étant le marqueur de générations puisqu’elle passe entre 11 et 32 ans dans chaque signe du zodiaque.

La dernière fois que Pluton et Saturne se sont rencontrées dans le signe du Capricorne remonte à 1518-1520 ! (lire l’article en attachement si vous ne l’avez pas déjà reçu pour une brève analyse historique de ce qui se passait il y a 500 ans…)

L’alignement de Pluton avec Saturne déconstruit, détruit et puis transforme toutes les structures saturniennes devenues obsolètes. L’Histoire, l’expérience individuelle et la mythologie confirment qu’aucun retour en arrière ne peut découler d’ un transit plutonien.

Saturne et le signe du Capricorne

La conjonction exacte de Saturne et Pluton dans le signe du Capricorne attirait l’attention des astrologues depuis longtemps.

Dès 2008, l’entrée de Pluton dans le signe du Capricorne, gouverné par Saturne, coïncidait avec une mise en lumière de la bulle immobilière qui s’est transformée en crise bancaire globale. Pour rappel, le signe du Capricorne représente les structures pratiques et tangibles, typiques de l’élément Terre dont l’immobilier, les banques, les marchés financiers et les ambitions matérielles font partie.

Saturne nous rappelle qu’il y a des limites à n’importe quel système. Il symbolise la nécessité de fournir l’effort indispensable pour bâtir une charpente intègre et solide, et pour prendre nos responsabilités par rapport aux exigences de la vie. Saturne représente la structure temporelle, physique, mentale et spirituelle suivant laquelle nous organisons notre vie. Il évoque également l’ordre, la discipline et les règles imposés par les autorités en place.(2)

Saturne est entré en Capricorne en décembre 2017 puis a rejoint Pluton – la plus lente des planètes parmi les acteurs de notre théâtre cosmique, à 22° du Capricorne en janvier 2020. Dès ce moment, émergeait la réalisation que l’épidémie de Covid-19, plus ou moins tenue cachée en Chine, se transformait en pandémie et envahissait rapidement et ouvertement l’Italie puis le reste du monde.

En très peu de temps, face au nouveau virus dont on ne connaissait pratiquement rien, le déroulement du temps auquel nous étions habituées s’est arrêté, l’ordre a basculé, les structures qui réglaient notre vie quotidienne et notre sécurité ont disparu. Les limites et restrictions du confinement symbolisées par Saturne étaient mises en place par un tout petit nombre de personnes dictant leurs normes, symbolisées par Pluton.

L’immense pouvoir de Pluton était à l’œuvre. Rien ne serait plus jamais comme ‘avant’.

Pour celles d’entre vous qui ont fait l’expérience d’un transit plutonien activant un point important du thème natal, il sera plus aisé de comprendre à quel point il est impératif d’intégrer les transformations imposées par Pluton. Il est impossible d’éviter l’ultimatum qu’il nous impose. Les conséquences en seraient létales.

Tous les mythes concernant Hadès/Pluton nous le confirment. Que ce soit le plus ancien mythe sumérien qui nous raconte la descente initiatique d’Inanna, la Reine du Ciel, forcée d’abandonner tous ses atours royaux pour tomber au Royaume d’Ereshkigal, la Reine du Monde-souterrain-dont-on-ne-revient-pas, ou le mythe grec de Koré-Perséphone enlevée par Hadès, tous ouvrent vers une nouvelle vie après l’épreuve traversée. Par contre le mythe d’Orphée et Eurydice se solde par une mort inévitable, pour avoir enfreint l’ordre de Pluton.(4)

Tous ces mythes nous enseignent qu’il nous faut mourir au Moi solaire, yang, tout-puissant. L’abandon de nos certitudes, de nos habitudes devenues obsolètes, de notre détermination à contrôler le monde et la nature, afin de pouvoir accueillir ce destin unique qui est le nôtre, transforment les pertes subies en richesses étonnantes offertes par Pluton. Le lâcher-prise et l’authenticité sont les mots-clefs d’une expérience positive de Pluton.

Intégrer Pluton, gouverneur du Scorpion, un signe yin appartenant à l’élément Eau, nous connecte aux multiples ressources du lâcher-prise. Ce sont souvent des situations extrêmes et dramatiques comme les guerres, les épidémies, les catastrophes climatiques, entraînant la mort dans leur sillage, mais aussi les ruptures douloureuses et autres désastres intimes qui nous obligent à entreprendre cette descente aux Enfers avant de pouvoir embrasser une renaissance.

Mais ‘Après l’hiver vient toujours le Printemps’, comme le dit si bien un proverbe italien. Les mythes plutoniens symbolisent le cycle de la Nature : après l’automne et l’hiver, les feuilles mortes se transforment en riche compost pour les nouvelles pousses du printemps qui produiront les fruits de l’été.

Pendant ces deux années à venir il sera important de cultiver nos qualités yin, lunaires et réceptives, la patience, la force tranquille, la solitude et l’introspection qui nous servent mieux lorsqu’il est question de relever un défi naturel d’une ampleur telle qu’une pandémie mais surtout comme le désastre environnemental qui se déroule sous nos yeux, l’un et l’autre étant liés selon les experts en la matière.

Tandis que les qualités yang, solaires et pro-actives, l’impatience, la naïveté de croire qu’il suffit de vouloir pour pouvoir, ou de penser qu’il est possible d’imposer notre loi sur la Nature nous mèneraient au désastre annoncé. Il est inutile de penser qu’il sera possible de faire marche arrière et de retourner au ‘bon vieux temps’.

Jupiter : une note d’optimisme ?

Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l’opportunité dans chaque difficulté

Winston Churchill

Après Saturne, un troisième larron est entré dans la danse avec Pluton depuis le 5 avril 2020.

Jupiter, le dieu souverain, le roi incontesté de l’Olympe, qui a compté sur les femmes pour asseoir et élargir son paternalisme triomphant. Le dieu ‘à la métis’ par excellence sera de nouveau conjoint à Pluton en Capricorne fin juin et début juillet, puis finalement en novembre avant d’entrer dans le signe du Verseau le 20 décembre, à peu près en même temps que Saturne qui lui restera en Verseau jusqu’en mars 2023.(5)

A qui profitera la sérendipité et l’intelligence astucieuse typique de cet archétype? L’association de Jupiter à la nature féminine ouvre de nombreuses pistes de réflexion sur la manière d’intégrer cette dose de réceptivité et de confiance qui rend la vie plus facile et plus riche, pour celles et ceux qui ont le goût du bonheur.

Il suffit souvent d’ouvrir les bras pour recevoir les cadeaux du roi des dieux. Chaque jour, au présent, et spécialement dans les périodes difficiles de la vie, il nous faut cueillir ces instants magiques :

Ce n’est pas seulement de la rose…
Mais des plus sombres, des plus mauvaises choses
Que toujours, toujours quelque chose chante.

Ralph Waldo Emerson

Notes

(1) Mes sources en astrologie culturelle sont principalement les deux livres du spécialiste en la matière, Richard Tarnas, ‘The Passion of the Western Mind’ (1991) et surtout ‘Cosmos and Psyche’ (2006) dont il n’existe malheureusement pas de traduction française

(2) Je vous invite à lire le chapitre sur Saturne : l’archétype du Réalisme p.383, dans mon essai ‘Écriture Céleste – Psychologie jungienne, mythologie et astrologie’ (Dervy) pour vous faire une idée du côté positif et négatif de ce grand ‘constructeur/saboteur’.

(3) Ibid. Voir p.259 et p.447 pour lire le chapitre sur Pluton : l’archétype de la Transformation

(4) ‘Écriture Céleste’ p.457

(5) ibid. – Jupiter : l’archétype de l’Optimisme p.369

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